Dans la frénésie de publication déclenchée par cette triste histoire [sur les accusations à l’endroit de Thélyson Orélien], le fait que nous remplacions un geste humain par une production machinique ne semble pas inquiéter grand monde. C’est tout juste si l’on n’applaudit pas la procédure : elle permettrait même de donner une voix à qui ne peut ou ne sait écrire.
Or, la littérature est le lieu d’expression de nos peurs et de nos fantasmes, elle est la nuit de notre psyché individuelle et sociale. Confier la création de nos imaginaires symboliques et culturels, de même que leur exploration, à une machine, voilà qui est tout sauf banal. La regrettée Annie Le Brun le soulevait déjà : il s’agit d’une colonisation et d’une dépossession de notre rapport sensible au monde, inédite et catastrophique. Nous semblons avoir oublié que le langage nous constitue, et nous l’abandonnons aux machines.
Ça exprime assez bien ma vision de la chose, nous (lire ici, la majorité de la population et les autorités gouvernementales qui ne font rien pour entraver cette mouvance) sommes en train de déléguer le projet de notre intellect collectif à la machine. Nous sommes en train d’oublier que ce qui constitue un bien commun, ici la culture et le language, l’est devenu par les échanges continus, par l’interprétation et la réinterprétation faites par des humains des écrits, de la musique, des arts visuels, etc. Déléguer cette tâche aux machines revient à déterminer indirectement que c’est aux entreprises détentrices des GML que revient ce pouvoir.
À terme, nous serons dépossédé.es de notre culture. Nous ne serons plus des personnes qui baignent dans un tissu culturel qui lui évolue au gré des actions humaines, mais qui sera plutôt déterminé par une force hégémonique que quelques personnes peuvent ajuster pour leurs propres desseins. Selon moi, la culture a toujours été une force qui offre une chance à ceux et celles, ces personnes qui n’avaient pas le pouvoir ou la position sociale pour déterminer pleinement leur vie, de s’exprimer et de quand même vivre une expérience humaine riche de sens. Si nous continuons dans cette lancée, nous allons tous vivre dans une forme de sollipsisme culturel, coupé.e des autres, et pris.es dans une hallucination individuelle du monde, déjà imprécise dû à l’interprétation idiosyncratique de nos organes sensoriels et déphasée par l’utilisation du langage, et qui sera maintenant alimentée par une machine qui, elle, nous servira sa vérité.




I would hope I could answer “some parts of Canada”, but no. We do the talky thing of saying we protect women’s rights, but we keep seeing unabashed public display of misogyny.